Déficit foncier : combien puis-je vraiment déduire ?
Tout le monde cite les 10 700 €. Presque personne n'explique que les intérêts d'emprunt en sont exclus, ni ce que devient le reste. Voici le mécanisme complet, chiffres à l'appui.
Publié le 16 août 2026 · lecture 6 minutes
Ce qu'est un déficit foncier
Vous louez un logement nu, au régime réel. Si vos charges déductibles dépassent vos loyers, vous ne dégagez pas un bénéfice mais une perte : c'est le déficit foncier. Le fisc vous autorise alors à effacer une partie de vos autres revenus avec cette perte — salaires compris.
C'est le seul mécanisme de l'immobilier locatif qui vient réduire l'impôt sur vos revenus du travail. D'où son intérêt, et d'où les malentendus.
Deux conditions d'entrée. Le déficit foncier n'existe qu'en location nue — en meublé, on parle de déficit BIC, qui obéit à d'autres règles. Et il suppose le régime réel : au micro-foncier, l'abattement de 30 % remplace tout et aucun déficit ne peut apparaître.
La limite de 10 700 € — et sa vraie signification
Le déficit s'impute sur votre revenu global dans la limite de 10 700 € par an. Au-delà, l'excédent n'est pas perdu : il se reporte sur vos revenus fonciers des dix années suivantes.
La nuance qui compte : le report ne s'impute plus sur votre salaire, seulement sur des loyers. Si vous n'avez qu'un bien et qu'il reste déficitaire, ce report peut dormir longtemps.
Le piège que personne n'explique : les intérêts d'emprunt
Les intérêts d'emprunt sont déductibles, mais la part du déficit qui provient des intérêts n'est jamais imputable sur le revenu global. Elle ne peut s'imputer que sur des revenus fonciers, pendant dix ans.
Le calcul se fait dans cet ordre :
- Les intérêts s'imputent d'abord sur vos loyers.
- S'il reste des loyers, les autres charges viennent ensuite. Le déficit qui en résulte est imputable sur le revenu global, jusqu'à 10 700 €.
- Si les intérêts dépassent à eux seuls les loyers, la différence est un déficit « intérêts » : reportable, mais jamais déductible du salaire.
Cas n° 1 : de gros travaux, un petit crédit
Un appartement loué nu 750 € par mois, soit 9 000 € de loyers. Vous refaites l'électricité et la salle de bains dans l'année.
| Charges déductibles | Montant |
|---|---|
| Travaux d'entretien et d'amélioration | 14 000 € |
| Intérêts d'emprunt | 3 500 € |
| Taxe foncière | 900 € |
| Charges de copropriété non récupérables | 800 € |
| Frais de gestion et assurances | 850 € |
| Total | 20 050 € |
Déficit total : 9 000 − 20 050 = − 11 050 €.
Les intérêts (3 500 €) sont entièrement absorbés par les loyers (9 000 €) : aucune part « intérêts » dans ce déficit. La totalité provient donc des autres charges.
- 10 700 € s'imputent sur votre revenu global cette année.
- 350 € se reportent sur vos revenus fonciers des dix prochaines années.
Dans la tranche à 30 %, l'économie d'impôt immédiate est de 10 700 × 30 % = 3 210 €. Notez qu'elle porte sur l'impôt sur le revenu seulement : les prélèvements sociaux ne sont pas concernés, puisqu'il n'y a aucun revenu foncier positif à taxer.
Cas n° 2 : un gros crédit, peu de travaux
Même logement, mais loué 500 € par mois — soit 6 000 € — avec un emprunt important : 8 000 € d'intérêts et 3 000 € d'autres charges.
Déficit total : 6 000 − 11 000 = − 5 000 €. Mais il se scinde en deux :
| Origine du déficit | Montant | Sur quoi il s'impute |
|---|---|---|
| Part due aux intérêts 8 000 − 6 000 de loyers | 2 000 € | revenus fonciers, 10 ans |
| Part due aux autres charges | 3 000 € | revenu global, tout de suite |
Vous n'effacez donc que 3 000 € de salaire, et non 5 000 €. C'est la différence entre les deux cas : ce sont les travaux qui font les bons déficits fonciers, pas le crédit.
Quels travaux comptent
Sont déductibles les travaux d'entretien, de réparation et d'amélioration. Ne le sont pas ceux de construction, reconstruction ou agrandissement — ils s'ajoutent au prix de revient et ne se retrouvent qu'à la revente.
- Oui : réfection de toiture, remplacement d'une chaudière, ravalement, mise aux normes électriques, installation d'une salle de bains, isolation.
- Non : surélévation, extension, création d'une pièce supplémentaire, transformation d'un local en logement.
L'engagement de louer trois ans
Le déficit imputé sur votre revenu global vous engage à louer le bien jusqu'au 31 décembre de la troisième année suivant l'imputation. Si vous vendez ou reprenez le logement avant, l'administration recalcule vos impôts des années concernées comme si vous n'aviez jamais eu droit à cette imputation. Une déduction de 10 700 € obtenue en 2026 vous engage donc jusqu'à fin 2029.
Comment le déclarer
Le déficit se calcule sur la déclaration 2044 (ou 2044-SPE), puis se reporte sur la 2042. Pensez à conserver factures et justificatifs : les travaux importants sont le premier motif de demande de pièces par l'administration.
Et si vous êtes au micro-foncier alors que vos charges dépassent 30 % de vos loyers, vous perdez de l'argent chaque année : l'option pour le réel se formule auprès de votre centre des finances publiques, et vous engage pour trois ans.
Chiffrez votre déficit
Le simulateur calcule vos charges déductibles, votre déficit et ce qui reste reportable — en location nue comme en meublé.
Ouvrir le simulateurQuestions fréquentes
Le déficit foncier fonctionne-t-il en location meublée ?
Non. Le déficit foncier est propre à la location nue. En meublé, les charges relèvent des bénéfices industriels et commerciaux : le déficit qui en résulte ne s'impute que sur des bénéfices de même nature, jamais sur votre salaire. Et l'amortissement, lui, ne peut pas créer de déficit du tout.
Puis-je cumuler le déficit de plusieurs biens ?
Oui. Les revenus fonciers s'apprécient globalement : un bien bénéficiaire et un bien déficitaire se compensent d'abord entre eux, et c'est le résultat net de l'ensemble qui donne le déficit imputable.
Que se passe-t-il si mon revenu global est inférieur au déficit ?
La part qui n'a pas pu être absorbée par votre revenu global se transforme en déficit global reportable, imputable sur vos revenus des six années suivantes. Rien n'est perdu, mais le calendrier s'allonge.
Le plafond de 10 700 € a-t-il déjà été relevé ?
Un doublement à 21 400 € a existé pour les travaux de rénovation énergétique sortant un logement du statut de passoire thermique, sous conditions de devis et de dates de paiement. Ce dispositif était borné dans le temps : vérifiez auprès de votre centre des finances publiques s'il s'applique encore à vos travaux avant de compter dessus.